lundi, mars 31

La fin de la nuit


C'est la fin de la nuit.
Il est tard.
Il faut rentrer chez moi, mon amour.

samedi, mars 22

Abdelali Azouz


Il y a des noms qui marquent, que je retiendrai toute ma vie.
Dans le RER A, entre Nanterre et Houilles-Carrières sur Seine, avec son accordéon miteux et son ampli rafistolé au Chatterton, c'était Pukari (je l'ai écrit sur mon portable).
Sur le port de Tanger, affalé sur un filet, en face du chalutier "Dounia", c'était Abdelali Azouz (il l'a écrit sur mon cahier).
Abdelali Azouz avait 16 ans, mais n'en était pas sûr.
Abdelali Azouz ne venait pas de Casa, mais de Blouksaria, entre Fès et Meknès.
Abdelali Azouz chantait du Cheb Bilal.
Abdelali Azouz errait sur le port avec ses semblables.
Abdelali Azouz était un harraga qui avait Spania dans la tête.
Abdelali Azouz allait passer le détroit sous une remorque.
Abdelali Azouz est peut-être mort écrasé, peut-être mendiant à Barcelone, peut-être dans un commissariat à Rabat, peut-être ouvrier agricole à Ecija, peut-être toujours sur le port de Tanger, en face du Dounia.

Fuite en taxi pour échapper à la pègre


Seul avec un mythe
Seul avec Tanger
Pas grand chose à lui dire
Une musique hors du temps
Des tragédies modernes
Meurtres crimes délits
Des chambres mornes
Des cafés vides
Des bars à putes
Des quais déserts
Hésitant entre les whiskies cocas et les pipes à kif
J'ai pas choisi
J'ai pris les deux
Et j'ai ajouté une bouteille d'eau de grande marque
Dans un chorus infernal
Une piscine abandonnée
De bien sages terrasses
Et ta voix dans mes yeux

vendredi, mars 21

Dix harragas


Une vague verte, une de plus vers l'Espagne
Une de trop pour dix harragas
Entassés comme en été au bagne
Dans une frêle patera
A Tanger, vous appreniez par cœur les horaires des bateaux
Mais ne les preniez pas
Vous connaissiez les cachettes sous les essieux
Mais ne les risquiez pas
La barca, c'était si facile
Si facile de traverser
Si facile de chavirer
Zmegri, mes frères, vous ne deviendrez pas
Vous ne serez plus, du reste
Qu'épaves lestes
Au fond de moi
Ou d'un détroit
Un peu trop large
Bavant la marge
Un peu trop froid

Cabine


Quand tu as quarante heures de bateau, tu fais tout durer.
Ton unique bouquin, ton pastis.
Même tes pensées, tu les fais durer.
Tu t'efforces de ne pas penser trop vite.
Tu étends tes raisonnements sur le fil à linge kilométrique qui te sert de cadre temporel.
Ils ont le temps de sécher.

jeudi, mars 20

Cantine économique du bateau Sète-Tanger, repas compris dans le prix du billet


- Je cherche un mec qui descend, en voiture.
- Comment tu vas le trouver, le mec?
- Ils se voient de loin, les mecs comme ça. En tout cas, moi je les repère. J'ai l'impression de les avoir déjà vus, quelque part sur la route. Ils sont marqués. Les routes, elles sont tracées sur leur gueule.