
Il y a des noms qui marquent, que je retiendrai toute ma vie.
Dans le RER A, entre Nanterre et Houilles-Carrières sur Seine, avec son accordéon miteux et son ampli rafistolé au Chatterton, c'était Pukari (je l'ai écrit sur mon portable).
Sur le port de Tanger, affalé sur un filet, en face du chalutier "Dounia", c'était Abdelali Azouz (il l'a écrit sur mon cahier).
Abdelali Azouz avait 16 ans, mais n'en était pas sûr.
Abdelali Azouz ne venait pas de Casa, mais de Blouksaria, entre Fès et Meknès.
Abdelali Azouz chantait du Cheb Bilal.
Abdelali Azouz errait sur le port avec ses semblables.
Abdelali Azouz était un harraga qui avait Spania dans la tête.
Abdelali Azouz allait passer le détroit sous une remorque.
Abdelali Azouz est peut-être mort écrasé, peut-être mendiant à Barcelone, peut-être dans un commissariat à Rabat, peut-être ouvrier agricole à Ecija, peut-être toujours sur le port de Tanger, en face du Dounia.